Finally, U.S. authorities indict founder of $2 billion BitConnect fraud

Cryptomonnaies : quand la fraude se retourne contre ses auteurs — 46 mois de prison pour blanchiment de 37 millions de dollars

Une condamnation qui marque un tournant dans la lutte contre la criminalité numérique

La justice américaine vient de franchir une étape décisive dans la lutte contre la criminalité financière liée aux cryptomonnaies. Le 27 janvier 2026, un tribunal fédéral des États-Unis a condamné Jingliang Su, un ressortissant chinois de 45 ans, à 46 mois de prison ferme pour son rôle central dans un vaste réseau de blanchiment de fonds issus d’une escroquerie sophistiquée, qui a permis de détourner et de blanchir plus de 36,9 millions de dollars en cryptomonnaies.

Cette décision judiciaire souligne la détermination des autorités à traquer et à sanctionner les abus liés au marché des actifs numériques — un secteur qui, malgré ses innovations, attire encore les pratiques frauduleuses. Alors que les cryptomonnaies gagnent en adoption, les régulateurs et les forces de l’ordre se mobilisent pour « désanonymiser » certaines zones grises de l’écosystème et faire respecter l’État de droit.


Pig Butchering : une escroquerie sophistiquée passée au crible

Le terme de « pig butchering » décrit un type d’arnaque particulièrement élaboré, dans laquelle des victimes sont approchées — souvent via des réseaux sociaux ou des plateformes de rencontre — puis convaincues d’investir des sommes importantes dans des plateformes d’investissement frauduleuses. Une fois la confiance établie, les fonds sont transférés vers des comptes sous contrôle des escrocs, puis convertis en cryptomonnaies.

Dans l’affaire jugée en janvier 2026, 174 Américains ont été ciblés par ce mécanisme, ce qui montre l’ampleur et l’impact humain de ces pratiques criminelles. Après avoir siphonné les fonds, les organisateurs ont déployé une chaîne de blanchiment transcontinentale, en déplaçant les fonds vers les Bahamas, où ils ont été convertis en USDT (Tether), un stablecoin largement utilisé. Ces cryptomonnaies ont ensuite été transférées vers des portefeuilles et comptes basés au Cambodge, avant d’être redistribuées à différents acteurs du réseau frauduleux.


La coopération internationale : clé du démantèlement

Cette condamnation n’est pas le fruit d’une enquête isolée mais d’une coopération internationale entre plusieurs agences fédérales, dont le U.S. Secret Service et le Department of Justice (DoJ). Les autorités américaines ont mis en place des équipes spécialisées, capables de suivre des flux de cryptomonnaies à travers des juridictions multiples, en combinant expertise bancaire traditionnelle et investigation technologique moderne.

Selon A. Tysen Duva, Assistant Attorney General au DoJ, les criminels utilisent désormais des technologies de pointe pour « militariser la fraude ». Pour contrer ces méthodes, le gouvernement a développé des réseaux de procureurs spécialisés ainsi que des partenariats internationaux pour coordonner les saisies de cryptoactifs et démanteler des structures numériques complexes.

Cette collaboration a permis non seulement de traduire Jingliang Su en justice, mais aussi de condamner plusieurs autres membres du réseau. Parmi eux, ShengSheng He et Jose Somarriba ont déjà reçu respectivement 51 et 36 mois de prison. En plus des peines de prison, Su a été condamné à verser près de 26,8 millions de dollars en restitution aux victimes, un signal fort envoyant aux fraudeurs que leurs gains illicites peuvent être récupérés.


Des signaux forts dans un paysage en mutation

Cette condamnation s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement des sanctions contre les crimes liés aux cryptomonnaies à travers le monde. Par exemple, au Royaume-Uni, une fraudeuse surnommée la « Bitcoin Queen » a été condamnée à plus de 11 ans de prison pour avoir blanchi des milliards de dollars via un Ponzi sophistiqué, impliquant des milliers de victimes sur plusieurs continents.

De grands cas judiciaires récents montrent également que les autorités ne se limitent pas aux réseaux criminels internationaux : des dirigeants d’entreprises ou d’exchanges ont eux aussi été tenus pour responsables de fraudes ou de pratiques illégales. Cela inclut notamment le colosse du secteur FTX, dont les principaux dirigeants ont été condamnés à de longues peines de prison dans le cadre de détournements de fonds massifs.

Ces succès judiciaires nourrissent l’idée que l’ère des activités crypto sans surveillance touche à sa fin. Ils servent de rappel aux utilisateurs et investisseurs : si les innovations technologiques offrent de nouvelles opportunités financières, elles n’exemptent personne de l’obligation de respecter les lois et de protéger les parties prenantes contre la fraude.


Leçons et perspectives pour l’écosystème crypto

Pour les régulateurs, cette affaire souligne deux messages clés : d’une part, aucune chaîne de transactions n’est totalement anonyme ou inviolable ; d’autre part, les réseaux internationaux de coopération sont aujourd’hui capables de retracer et de démanteler des schémas frauduleux sophistiqués.